Introduction
Tout le monde connait des repas trop riches, où l’on sait
que l’on a trop mangé. Les repas de fête, de famille, chez des amis, pour des
occasions spéciales en sont de bons exemples. Suite à ces repas, deux
possibilités s’offrent à nous :
– On ressent quelques regrets car on est trop lourd. On culpabilise
raisonnablement car on sait que c’est occasionnel et, une fois cette sensation
désagréable passée, on retourne à notre vie.
– On a l’impression d’avoir complètement perdu le contrôle de son alimentation,
on culpabilise énormément, on regrette amèrement, on se juge (pas gentiment du
tout) et on a honte de ce débordement. Bienvenue dans le monde de
l’hyperphagie, Trouble du Comportement Alimentaire (TCA) touchant 3 à 5% de la
population.
Cependant, tous les troubles sont distincts et une suralimentation compulsive n’a pas forcément comme conséquence de devenir obèse.
En effet, la moitié des anorexiques connaîtrait des accès de suralimentation compulsive et leur morphologie est très (trop ?) mince.
De même, boulimiques et hyperphagiques présentent ces troubles mais les boulimiques ont tendance à avoir un poids jugé « normal » car elles compensent ces crises comme nous le verrons plus loin, dans la distinction entre les boulimiques et les hyperphages.
Il est bon de savoir également que la Haute Autorité de la Santé a demandé à lever les tabous liés à ces maladies et d’ouvrir la parole. C’est une très bonne chose en soi mais, tant que l’on continuera de dire aux gens que ce sont de bons-vivants ou des gourmands alors que le problème est bien plus profond, ce sera compliqué de briser ce tabou. Tout un document est fait sur les personnes à risques, les manifestations psychologiques, comment ouvrir la parole sur ces pathologies (ligne Anorexie-Boulimie Info écoute au 0 810 037 037) et de nombreux documents sur leur site. Je ne peux que vous conseiller de regarder pour vous informer.
La suralimentation compulsive, KESAKO ?
La suralimentation compulsive est l’absorption de grandes quantités de nourriture et d’une sensation subjective de perte de contrôle suite à cette suralimentation. Ce sont là les deux caractéristiques principales.
Il faut bien comprendre que toutes les études menées jusque-là sont, pour moi, menées par des personnes non atteintes de TCA, même si elles étudient des personnes souffrant de ces troubles. La notion de « normalité » revient donc régulièrement dans les résultats pour indiquer plusieurs choses :
- Une personne moyenne non atteinte de TCA
- Notre situation lorsque nous ne sommes pas en crise
Il ne faut pas se sentir bloqué par cette notion, ni se sentir « anormal », c’est juste un mot utilisé pour comparer une attitude dans la norme d’une autre qui n’y est pas.
Qu’entend-on par « fortes quantités de nourriture » ?
De nombreuses personnes mangent trop de nos jours. La nourriture est en abondance et facile à se procurer, sans parler des fast-foods, des plats tout prêts, … qui rendent la nourriture accessible facilement et rapidement. Un rêve par rapport à la vie qu’on put mener nos grands-parents (par exemple car on n’a pas tous des grands-parents du même âge alors, ajuste d’une génération pour toi si tes grands-parents n’ont pas connus les privations 😉 ).
Mais, là, on parle d’hyperphagie et de quantités de
nourriture variant entre 1500 et 3000 calories par crise en moyenne. Ce sont
des chiffres mais je ne sais pas si cela te parle (perso, je ne me le
représentais pas lorsque je suis tombée dessus).
Il faut savoir que les apports moyens journaliers pour un adulte sans prendre
en compte les critères qui permettent d’ajuster (sexe, activité physique, âge,
taille, …) sont de 2000 calories par jour. On est en plein dans la fourchette
voulue. Donc, les hyperphages peuvent manger l’équivalent d’une journée
complète sur une crise limitée dans le temps.
Si cela reste encore un peu obscur, voici un article indiquant ce que
représentent 2000 calories (sur un repas ou sur une journée) : article
Cosmopolitan.
Cependant, chaque personne est unique et les quantités sont donc variables
d’une personne à l’autre en fonction de ce qu’elle considère comme
« normal » (et oui, nous l’utilisons aussi cette notion !). Pour
certaines personnes, cela peut être quelque chose qu’elles n’avaient pas prévu
de manger de base et qui les fait culpabiliser, pour d’autres, cela peut être
une prise de nourriture dépassant largement la fourchette moyenne indiquée (la
fourchette n’étant qu’une moyenne, pas le chiffre le plus représentatif mais,
au moins, ça donne une idée globale).
Cela crée donc une scission dans les hyperphages. Car ceux
qui font des crises dans cette fourchette (voir plus) n’arrivent pas forcément
comprendre que certaines personnes disent avoir craqué pour quelques gâteaux
mangés en plus et dire que c’est le même trouble. Cliniquement, sont
identifiées les crises objectives (fortes quantités de nourriture absorbées) et
les crises subjectives (des quantités absorbées moindres mais une culpabilisation
identique).
Cela est possible du fait que les crises sont mesurables en termes de quantité,
malgré le fait que l’on passe dans un état second et que l’on n’a parfois plus
tout à fait conscience du détail de ce qui a été absorbé.
Cependant, si la quantité de nourriture est mesurable et
crée une séparation, il faut bien comprendre que les troubles du comportement
alimentaire sont principalement psychiques et que cela est difficilement
mesurable.
Personnellement, je suis incapable de dire à quelle catégorie d’hyperphage
j’appartiens car, lors de mes crises, ce n’était pas la quantité de nourriture
qui m’importait mais le fait de me remplir… je pouvais démonter un paquet de
chips à partir de 10h lorsque je travaillais à domicile, essayer de me
raisonner, tourner en rond dans la maison en essayant de me calmer, aller
chercher des aliments « meilleurs » (pas dur de trouver mieux que les
chips…), en manger en quantité, continuer avec un sandwichs, des gâteaux,… mais
je n’aurais pas pensé à calculer mon nombre de calories absorbées. L’importance
n’était pas là pour moi…
Un peu plus de détails
- Ces crises de suralimentation se déroulent
généralement en cachette, en essayant au maximum de masquer leur existence aux
personnes qui nous entourent. Les emballages sont masqués, le
réapprovisionnement est fait ou la nourriture est parfois achetée
spécifiquement pour les crises.
Pour maintenir ce secret, cela peut signifier que les repas planifiés avec d’autres sont maintenus et assurés, même si la dernière crise est proche. Cela génère bien souvent un état physique et mental bien bas.
Par ce processus de secret et d’alimentation normale en présence des autres, le trouble du comportement alimentaire peut ainsi être caché à ses proches pendant plusieurs années. Ce qui n’empêche pas la personne en souffrance à chercher de l’aide par ailleurs. - Les crises se déroulent principalement dans des endroits de stockage de nourriture (souvent dans la cuisine) ou en achetant de quoi faire sa crise en magasin, en engloutissant la nourriture et en se dépêchant de trouver un endroit où jeter l’emballage à l’extérieur pour maintenir le secret cité plus haut.
- Si la quantité de nourriture absorbée est très importante (caractéristique de base), elle est également prise de manière rapide et compulsive. Si on peut éprouver au départ un plaisir suite au fait de manger ce que l’on a envie de manger et contre quoi on s’est débattu plus ou moins longtemps, ce plaisir disparait très rapidement ainsi que la conscience des aliments ingurgités. On parle de dédoublement de la personne lorsque notre tête crie d’arrêter cela tandis que notre corps, imperturbable (ou presque) continue d’ingurgiter jusqu’au trop plein.
- De nombreuses personnes boivent beaucoup en même temps qu’elles mangent et cela amplifie la sensation de ventre plein et gonflé.
- Les crises de suralimentation proviennent
souvent d’un besoin irrépressible ressenti de nourriture. Ce n’est pas
forcément lié à une sensation de faim et c’est cette perception
« d’obligation » face à la nourriture qui a amené le terme de
« suralimentation compulsive ».
Le fait que ce besoin irrépressible puisse être ressenti à n’importe quel moment entraîne des actes qui peuvent être étrangers aux personnes qui subissent ce besoin (vol de nourriture, dépense à outrance, récupération de restes dans les poubelles,…) et les faire se sentir encore plus coupables. - La nourriture ingurgitée est fréquemment de la nourriture « interdite » pour la bonne conscience. Ainsi, les crises se retrouvent souvent faites avec des aliments riches en calories, considéré le reste du temps comme prohibée par peur de grossir. Cela peut expliquer le sentiment premier de plaisir également car le corps retrouve un aliment qui lui a été interdit pendant une certaine période.