Le quotidien avec l’hyperphagie

L’hyperphagie, au quotidien, cela ressemble à une bataille. En effet, chaque jour, nous luttons pour ne pas refaire une crise de suralimantation. Et, plus nous luttons, plus la chute et rude lorsque nous “caquons”.
Il faut savoir qu’il est encore très répandu de traiter les hyperphages comme des “gourmands”, des “bons vivants”, et autres termes qui veulent dire : “tu manges beaucoup mais c’est normal”.
Cependant, comme nous l’avons vu précédemment, lorsque nous avons défini l’hyperphagie, les conséquences morales sont bien différentes.

Les gourmands et bons vivants vont manger plus que la normale et ne culpabiliseront pas pour cela. Enfin, si, juste après manger, le temps de se dire que ce n’était pas une bonne idée, et basta.
Avec l’hyperphagie, c’est cela au quotidien. L’hyperphage voit un aliment ou pense à un aliment et se bat pour ne pas le manger. Il a peur de ne pas savoir se contrôler si jamais il commence à en manger. L’hyperphage peut passer des journées entières à penser à ce qu’il va manger ou ce qu’il ne doit pas manger.
Cela devient maladif, on n’est plus dans la normalité qui rassure tout le monde. Il y a alors une maladie à soigner avant que cela ne s’installe dans la durée.

Symptômes sur le bien-être et la vie sociale

Au quotidien, ces crises d’hyperphagie ont forcément un effet négatif sur le bien-être. On ne se sent pas au mieux de sa forme lorsque l’on est obnubilé par une pensée (ici la nourriture). Il y a aussi ce mal-être d’après crise. Toute cette culpabilité et cette dépréciation que l’on vit. Ce retour au corps après en avoir été déconnecté pendant la crise. Et ce mal-être, ce trop plein qui nous rend si mal.

Et, puisque cette partie s’appelle “bien-être et vie sociale”, nous allons également parler de la vie sociale.
Lorsque vous n’êtes pas bien, que vous vous sentez mal dans votre corps et/ou dans votre tête, quelle vie sociale adoptez-vous? Comme vous, les hyperphages se coupent de leur vie sociale suite à leurs crises. Le temps de panser leurs blessures, le temps de pouvoir se relever à nouveau.

Car, dans notre vie sociale, la nourriture tient une place de choix. Les sorties entre amis sont rares sans de la nourriture qui vient s’y joindre. Les invitations chez l’un ou l’autre pour un repas, les sorties au restaurant, au cinéma, aux parcs, …
Nous sommes dans une société qui nous vante les bienfaits de la bonne nourriture maison et qui nous vend de la malbouffe à chaque carrefour. Dans une société qui fait défiler des mannequins auxquels nous nous associons à force de les voir placarder. Des mannequins qui, au final, crèvent la dalle.
Au quotidien, avec des crises d’hyperphagie, cette société est compliquée à intégrer.

Alors quelle est l’image renvoyée à cet enfant qui mange trop? Qu’il ne faut pas, qu’il faut qu’il fasse attention, voir même qu’il se mette au régime.
Mais la nourriture est quelque chose d’apaisant pour la plupart d’entre nous, que nous ayons ou non des soucis avec la nourriture. Alors, généralement, les hyperphages “mangent leurs émotions” comme on dit. Mais parfois, ils peuvent se sentir juger sur cela. Et ils se cachent, ils ont honte et les soucis alimentaires peuvent alors se mettre en place.

Les symptômes de la dépression

Introduction

Le jugement sur les prises alimentaires ou la corpulence peuvent entraîner des blessures invisibles. La blessure des mots.
Avez-vous déjà croisé cette idée de prendre une feuille de papier et de la froisser. Puis la remettre à plat. Cette feuille ne sera plus intacte, elle aura été abimée. Même si nous tentons ensuite de la remettre droite, elle restera abîmée. J’ai trouvé le texte ici.

C’est exactement la même chose avec les humains. Dans le cadre de l’hyperphagie, nous recevons parfois (ou avons reçu) des remarques désobligeantes. Nous avons cherché du soutien mais n’avons pas trouvé une oreille qui a bien voulu nous écouter. Tout cela nous a abîmés. Peut-être parce que nous ne gérons pas suffisamment nos émotions selon les critères extérieurs. Peut-être parce que nous sommes trop émotifs?
Toujours est-il que cela nous a fait du mal. Et que, même si nous acceptons les excuses, cela ne nous guérit pas forcément entièrement.

Je ne blâme personne. Chacun fait de son mieux en fonction de ses possibilités. Cependant, si les hyperphages pouvaient être un peu moins la cible des mots qui ont mal, certains n’entreraient pas dans ce cercle vicieux.
Hyperphages, nous devons apprendre à guérir ces blessures.
Proches d’hyperphages, continuez à faire votre possible. Vous avez la chance de savoir que l’un de vos proches souffre. Ouvrez-lui simplement la porte pour une écoute sans jugement s’il en a besoin et que vous pouvez lui offrir.
Curieux sur l’hyperphagie, réfléchis avant de porter un jugement sur autrui. Cela peut te paraître drôle ou justifié sur le moment. Mais tu ne sais pas quels combats livre la personne en face de toi.

La dépression liée à l’hyperphagie

Le souci de beaucoup d’hyperphage est de lier leur estime de soi à leur image. L’image de leur ligne ou de leur poids.
Cela signifie donc qu’ils estiment que leur valeur personnelle dépend de critères physiques.
Chaque crise de suralimentation, chaque perte de contrôle est une bataille de perdue. Une défaite qui entraîne dégoût, honte et humiliation personnelle. Alors, forcément, l’estime de soi diminue d’autant plus… et on a parfois cette impression qu’il est impossible de s’en sortir.

Tous les hyperphages ont honte des crises de suralimentation. Cela génère, en plus de la baisse d’estime de soi, de la culpabilité.
Tous les hyperphages cherchent à un moment donné à contrôler leur alimentation. Que ce soit par des régimes ou autre. Chaque perte de contrôle (terminant généralement en crise), chaque déception sur le poids fixé en objectif entraîne une perte de confiance en soi par le biais de la culpabilité.
Et, à force de perdre confiance en eux, les hyperphages finissent parfois par se replier sur eux-mêmes. Certains mêmes en viennent à ne plus réussir à manger en présence d’autres personnes.

En perdant l’espoir de sortir de la maladie, la porte est grande ouverte à la dépression. C’est pourquoi il est important de les aider. Car, si la priorité est à donner à la connaissance de soi et à l’acceptation de soi plutôt qu’au poids de la personne, quelle priorité donner entre le traitement de l’hyperphagie et de la dépression?

Dans la majorité des cas, si la dépression est uniquement liée à l’hyperphagie, elle disparaît avec la disparition des crises. Cependant, même si la dépression arrive après les crises elle peut cacher autre chose. Et c’est alors essentiel de traiter la dépression de manière spécifique.

Les symptômes de l’anxiété

Revenons sur les points que nous avons déjà abordés et voyons l’anxiété que cela peut générer lorsque l’on vit l’hyperphagie au quotidien.
Le fait de penser en continu à ce que l’on a mangé ou ce que l’on va manger. En plus du manque de concentration, l’anxiété pointe son nez sur les crises passées et potentielles.
Devoir se cacher pour faire les crise. L’anxiété apparaît alors de se faire surprendre. Pourtant, les hyperphages font preuve de mille-et-une ruses pour rester cachés.
Le fait de s’éloigner volontairement de la vie sociale, axée sur la nourriture et le jugement des gens. Et voilà l’anxiété d’être rejeté ou juger qui apparaît.
Et enfin, se comparer aux autres et se sentir gros au milieu d’une foule de beaux. Avoir peur également de faire une crise en public. Cela génère forcément une anxiété sociale.

Cependant, ces symptômes sont, pour la plupart liés aux crises. Encore une fois, ils vont majoritairement disparaître avec l’hyperphagie. Mais cela réclame un vrai travail sur soi. Sur l’acceptation de soi, sur le regard des autres et, parfois, sur le réapprentissage de la concentration.

L’hyperphagie dans le cercle familial

Voici encore un domaine mis à mal par l’hyperphagie au quotidien.
En effet, l’hyperphagie provoque des sautes d’humeurs (tout semble aller bien, une crise, on devient irascible au possible) qui rythment la vie familiale.
Que ce soit le conjoint, les enfants ou les parents, tous sont logés à la même enseigne. La colère que les personnes les plus proches n’aient rien vu, rien fait malgré que le mal est évident pour l’hyperphage peut être dévastatrice.
L’irritation d’avoir perdu le contrôle, la frustration d’avoir dû s’arrêter parce que quelqu’un arrivait, etc. autant de situations possibles qui seront évidentes pour l’hyperphage mais pas pour son entourage.
Avec tout cela, les repas familiaux peuvent parfois être tendus. Voir explosifs en fonction du caractère de chacun.

L’hyperphagie peut aussi avoir des conséquences sur le quotidien auxquelles on ne pense pas initialement.
Par exemple, les soucis d’argent.
En effet, le fait de faire des crises génère inévitablement des dépenses, que ce soit pour racheter ce qui a disparu ou d’acheter de quoi faire des crises. Dans certains ménages, comme ces crises sont hors de contrôle, cela peut malheureusement entraîner des dettes.
Sans en arriver à cette extrémité, ces dépenses peuvent créer des tensions financières et familiales.

Encore une fois, et cette fois, plus facilement, si les relations familiales ne sont pas trop abîmées par l’hyperphagie, elles s’apaisent avec la sortie de la maladie. Cela demande bien entendu du travail car tout le monde souffre pendant la période d’hyperphagie. On ne peut pas s’attendre à ce que la sortie de l’hyperphagie soit un coup de baguette magique sur nos vies.

Vivre avec l’hyperphagie au quotidien

La vie quotidienne des hyperphages est très touchées par les crises de suralimentation.
Cela a de nombreux impacts sur l’hyperphage mais, également, sur tout son entourage. Cependant, en se sortant de l’hyperphagie, ces choses qui nous rendent si mal s’estompent peu à peu : dépression, estime de soi, anxiété, soucis financier, vie sociale et familiale pour les cas que nous avons traité ici.

A vous, hyperphages, ne perdez pas espoir! Il est possible de s’en sortir. Certains l’ont fait. Mais les histoires individuelles sont uniques et chaque individu est unique. Il n’y a donc pas de recette miracle. Gardez cependant en tête que, quelque soit votre poids, quelle que soit votre physique, vous avez quelque chose à offrir au monde. Ce ne sont pas les critères de poids et physiques qui déterminent qui vous êtes. La société actuelle ne vous aide pas mais vous vous êtes déjà relevé d’énormément d’épreuves. Apprenez à vous connaître pour savoir quelle sera votre voie à vous.
Bon courage!

Aux proches d’hyperphages, soyez bienveillants et à l’écoute autant que possible. Cependant, ne vous oubliez pas pour autant. On ne peut s’occuper au mieux des autres que quand on va bien soi-même.

Aux curieux, sachez que la meilleure chose serait de trouver le moyen d’éviter que des personnes souffrent à ce point. Si vous avez des idées, n’hésitez pas à les partager et à les mettre en œuvre dans votre quotidien. Tellement de gens souffrent au quotidien à cause de la nourriture… cela ne devrait pas être. Chaque trouble du comportement alimentaire a ses spécificité mais tous sont unis dans la souffrance.

Bonne route à tous!

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